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Le Prix Barras a été créé en 2006 par Christine Barras. Il s'adresse aux élèves de 11e année Harmos du CO de la Broye et récompense chaque année sur concours les meilleures rédactions (poèmes, récits, textes argumentatifs).

Cette année, ce sont 3 lauréates de Domdidier qui ont remporté les 3 prix accordés. Nous adressons nos chaleureuses félicitations à ces trois romancières en herbe et vous souhaitons une bonne lecture!

 

Christine Barras et les 3 lauréates de 2018
Christine Barras et les 3 lauréates de 2018

 

1er prix: Florette Murith 11A

Un air d’harmonica au fond de la cour

Chère Marie,                                                                                                              octobre 1905

Depuis que j’ai quitté le village, rien n’est plus pareil. Le soleil d’été, la Méditerranée et les cigales ne sont plus qu’un lointain rêve laissé derrière moi. A présent j’ai fait place à la pluie froide tombant sur mes épaules et aux cris désespérés des femmes dont les maris se sont faits avaler par la mer. La mer sombre et sinistre, la mer assassine.

Ici on ne danse pas, on ne chante pas, on ne rêve pas. La vie est rythmée par le travail, par la mer. On s’accroche à la vie comme un soldat mourant, ils n’ont même plus la force de croire que le soleil reviendra.

Je marche dans les rues. Elles sentent la fièvre, elles sentent la mort. Il n’y reste plus que les rats et la poussière. La vie y a péri, les hommes aussi. Dans la taverne, ils boivent pour oublier mais leurs regards vides les trahissent. Ils pensent encore au dur labeur qui les attend. Ils pensent encore aux bateaux grinçants. Ils pensent encore à l’océan.

Plus loin, le port, source de vie pour ceux qui restent. Un vieil accordéon joue encore aux yeux des pêcheurs affaiblis. Il chante la tristesse de leur vie, il chante un espoir oublié. Il pleut toujours.

Je me tourne et me retrouve face à elle. Ses yeux menaçants me regardent. L’écume blanche de ses vagues se moque de la faiblesse humaine. Je m’avance. Le sable brun blesse mes jambes. Le vent fouette mon visage. Les rochers noirs étendus comme des cadavres pleurent des larmes de pluie. Toujours la pluie, encore la pluie.

Je m’en vais. Je traverse à nouveau les rues sales. Je monte les escaliers de bois. Je suis trempée. Ma robe bleue ne ressemble plus qu’à une vieille loque qu’on aurait épinglée d’un fil épais. Mes cheveux sont raides. Mon corps est devenu aussi blanc que l’écume de la mer mais mes lèvres restent rouges comme le sang.

Je m’assieds sur le fauteuil. Je pense à ma vie d’avant. Je pense à la Provence. Je pense à la Bretagne. Je passe mes journées à regarder la ville, à regarder les hommes. Eux, ils les passent à pêcher. Elles, à supplier la mer de les laisser rentrer. Le soir ils s’enivrent de la seule joie qu’il leur reste : celle d’être ensemble, celle de s’aimer, celle de boire une dernière fois peut-être à leur santé. Pour celles qui ne connaîtront plus ces moments, c’est l’inquiétude et quand l’infime espoir qu’il leur restait s’efface brutalement, elles plongent dans les méandres de l’oubli en essayant vainement de survivre, dans la tristesse et la solitude mais trop souvent, la maladie l’emporte.

Depuis ma fenêtre, je vois le port s’affoler. Les mères courent sur les pavés gris. Les enfants crient. L’orage se lève. Le jour s’achève. La ville s’enferme à double-tour. Il n’y a aucun bruit hormis celui du tonnerre. Mes jambes me lâchent. Je tombe à terre. Je pleure toutes les larmes de mon corps. Je crie. Je hurle.

Oh Marie la vie est dure ici mais je garde espoir, je garde espoir qu’un jour, les nuages partiront et que ce jour-là, on pourra entendre un air d’harmonica au fond de la cour.

En espérant que tu vas bien,

Ton amie qui ne t’oubliera jamais,

Hortense

 

2e prix: Eline Kummli 11B

Ne le dis à Personne

Tu sais, ce sourire forcé, tu le connais. Il est là en permanence, il cache les perles tristes qui brouillent tes yeux et dégoulinent de ton coeur. Il cache ce pourquoi de nombreux adolescents ne montrent jamais leurs bras. Ne le dis à personne, mais c’était mon cas.

Tu sais, ce rasoir qui a si souvent réglé tes problèmes, qui a si souvent extériorisé ta peine et qui t’a accompagné dans toutes les épreuves infernales que tu as traversé jusqu’ici. Ne le dis à personne, mais je le connaissais aussi.

Tu sais, cette faim qui te creuse l’estomac un peu plus à chaque heure, qui t’oblige à mentir, à dire que tu as déjà mangé alors que tu meurt de faim, qui t’aide à faire descendre ces kilos en trop que tu vois sur ta balance dans ta salle de bain. Ne le dis à personne, mais je la connaissais bien.

Tu sais, ces cernes qui dénoncent ton état insomniaque, qui trahissent ton regard embué de larmes et de désarroi plongé dans celui solitaire de la lune enveloppée et si brillante, qui, au fond, implorent l’aide de quelqu’un dans ce monde si égoïste et froid. Ne le dis à personne, mais je les ai ressenties maintes et maintes fois.

Tu sais, j’ai envie parfois de le crier à la Terre entière. De faire sortir cette tempête qui se déchaîne à l’intérieur de moi et me déchire le coeur. De laisser ce dernier se vider en un torrent de mots et de prose insensés et dénués de sens, sortis tout droit de mes hauts-le-coeur larmoyants. Mais je n’ai que toi, cher papier, à qui le raconter. Tu endures tout; mes larmes glissant doucement sur toi, mes excès de rage involontaires et imprévus, mon silence tonitruant.

Tu sais, il y a parfois un rayon de soleil qui transperce le ciel gris. Il lèche ma peau diaphane, presque translucide et réchauffe une minuscule parcelle de mon coeur. Mais l’obscurité l’emporte et elle l’enveloppe tout aussitôt. J’aimerais tant pouvoir à nouveau regarder la vie avec mes yeux d’enfant, innocents et naïfs, heureux et taquins. La vie, quelle drôle d’invention, n’est-ce pas? Quelque chose de formidable pour certains, une aventure pour d’autres et une calamité pour les derniers, dont j’en faisais partie.

Heureusement, je suis immunisée désormais contre le mal. Je me suis habituée à ces gestes que je répète et grave inlassablement sur ma peau. Je n’ai plus mal, je ne crains plus d’avoir mal. Je le fais simplement sans réfléchir.

Tu as un chat, cher papier? Moi non, mais tout le monde pense que si. Il faut dire que c’est l’excuse que je me suis trouvée la plupart du temps, lorsque mes manches longues se retroussaient contre ma volonté. Manches longues quand il fait chaud, manches longues quand il fait froid. C’était ma devise, mon guide de survie.

Tu sais cher papier, j’ai envie parfois de le crier à la Terre entière, mais je ne le fais pas, car une voix m’en empêche. Elle me chuchote à l’oreille: «Ne le dis à personne». Alors, je me tais.

Cher papier, ne commence jamais. Ne rentre pas dans ce cercle vicieux dont essayer d’en sortir est un enfer. Je t’en supplie, ne fais pas comme moi, profites de tes bras vierges de toute trace de souffrance. Reste à l’écart de tout cela. Ne t’approche pas de cette drogue qui te détruit à petit feu. Reste fort, toute douleur a une fin. Garde toujours cela en tête. Et surtout, parles-en. Ne laisse pas cette tempête évoluer dans ta cage thoracique.

J’ai fais une bêtise, je ne l’ai dit à personne. Et aujourd’hui, je n’ai plus personne à qui en parler, car une nuit particulièrement obscure, je suis allée trop loin.

 

3e prix: Malsore Ahmeti 11E

Papy,

J’ai bien grandis depuis la dernière fois,  Je poursuis mon rêve d’écrivain en entamant ma 2ème année en école de lettres, cette passion qui est la littérature augmente de jour en jour grâce à toi qui me l’a transmise lors de mon enfance. Cela m’aide à me rapprocher un peu plus de toi.

Tu sais, je retourne quelques fois au bord de mer, mais seul ces fois-ci. Pupuce et toi n’êtes plus là pour rester avec moi. Je me souviens lorsque nous observions la mer assis par terre et que tu me racontais tes souvenirs de jeunesse, vêtu de ton habituel béret bleu et de ta canne usée, quand on lisait des livres en silence ou lorsqu’on apprenait des tours au chien et qu’on riait au éclats. Rien n’a changer la bas, l’herbe est toujours aussi verte, le ciel aussi bleu et la mer me semble encore plus silencieuse, mais pourtant rien ne me semble pareille et avec du recul rien me paraît aussi extraordinaire que lorsque j’avais 8ans et c’est uniquement parce que je sais que tu étais la seule personne qui pouvait rendre cet endroit si spécial. Mais lorsque je suis nostalgique, triste ou pensif, c’est ici, sur ce bord de mer, où je viens m’asseoir, car c’est le seul endroit qui puisse me rappeler la joie et l’insouciance que j’éprouvais à tes côtés.

Je me souviens encore quand tu me narrais tes récits de jeunesse, que tu me racontais la guerre ou alors quand tu me parlais de grand-mère. Tes yeux brillaient à chaque fois que tu l’évoquais. L’amour que t’éprouvais pour elle était si fort et passionné, j’espère connaître cela un jour. Tu me racontais que grâce à elle tu étais l’homme le plus heureux du monde, qu’elle était la plus belle et douce femme que tu n’aies jamais connu. Je ne l’ai jamais vue mais tu m’as tellement parlé d’elle que j’ai l’impression de l’avoir connue.

Grand-père,je t’admire tellement, tu ne t’es jamais effondré, tu aurais pu pourtant mais tu ne l’as pas fait, et quand je te demandais pourquoi tu étais si heureux tu me répondais que la vie avait beaucoup plus à nous offrir que de la simple tristesse. Plus les mois passaient et plus rarement tu venais, je continuais à aller me promener au bord de la mer mais cette fois je n’étais accompagné que de Pupuce pour m’amuser.

Tu passais tout ton temps à l’hôpital et nous venions te voir chaque semaine en espérant que tu ailles mieux mais tu étais si faible. Lorsque je demandais à maman pourquoi tu étais si triste et qu’elle me répondait que tu n’avais qu’une petite grippe et que tu allais t’en sortir, je savais qu’elle mentait. Je n’y croyait pas. Je n’y croyais pas car elle me disait cela les yeux remplis de larmes et l’éclats qui se trouvait dans tes yeux auparavant avait disparu. J’ai cette image de toi dans ce lit d’hôpital, riant à une blague de mon père, ton éternel béret sur le haut de ton crâne et tenant ma main. Si j’avais su, je serais venu nuit et jour à ton chevet pour passer le plus de temps avec toi, si j’avais su. C’est à mon tour d’écrire mon histoire pour avoir, moi aussi, des histoires à raconter.

J’espère te rendre fier chaque jour que je vis sans toi et même si je sais que cette lettre ne te parviendra pas, je tenais à te l’écrire, assis en face de cette mer si paisible, un livre à ma gauche et ton béret usé à ma droite.

Ton petit fils

 

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